Le télétravail n’est pas accessible à tous et il y a ici des inégalités sociales

Le télétravail n’est pas accessible à tous et il y a ici des inégalités sociales. Il peut être une chance, une alternative, une émancipation (moins prendre l’avion pour des conférences puisque la fondation nous offre une expérience inédite), mais aussi une aliénation (la vie professionnelle chez soi et les intrusions que cela génère) s’il est contrôlé notamment par un système économique qui peut y voir des intérêts (moins de bureaux, productivité accrue du travail, bousculement des rythmes ).

Il me semble que le propos de Paola, à partir du télétravail, embrassait un sujet plus général, celui de l’espace virtuel, qui devient pour une grande partie de la population un espace bien réel — et le confinement ne fait que nous le confirmer.
Bien sûr avec les inégalités que tout espace humain comporte apparemment, ce qui prouve qu’il n’y a pas de panacée…
Mais les imperfections n’ont jamais invalidé totalement un domaine, quel qu’il soit. Au contraire, elles l’ont rendu (le domaine) champ de luttes et de revendications. On ne peut donc que souhaiter que l’espace virtuel devienne lui aussi un espace où pourront se mesurer et se confronter les positions et les intérêts politiques et sociaux. Ce qui contribuera, peut-être, à sa « de-technologisation », et le fera passer de l’âge adolescent à l’âge adulte, à l’instar de la religion, du droit, des sciences et techniques, etc.

Du côté des inégalités de salaires - une des formes de l’inégalité mais pas la seule bien sûr - il y aura un changement du rapport des forces, en tant que celui-ci mesure l’utilité essentielle à la vie, à la survie, d’un corps de métier, d’une profession; une réévaluation salariale de cette utilité devrait se faire - en tout cas dans le court terme. En découlerait par voie de conséquence une nouvelle estimation de la valeur intrinsèque à chaque être humain. (Voir + loin pour le Court Terme)

En schématisant grossièrement, les activités essentielles à la SURVIE, telles que l’agriculture, la gestion des déchets, le soin aux malades… devraient recevoir une rétribution qui corresponde à leur fonction essentielle à la survie d’une société.

Cette réévaluation serait d’ailleurs seulement à Court Terme pour ceux qui misent inconditionnellement sur l’intelligence artificielle… laquelle devrait supposément prendre en charge certaines tâches.

Confrontés à une mortalité ravageuse qui perdurerait sous formes de catastrophes diverses, les peuples, les OI (organisations internationales), les ONG (organisations non gouvernementales), les Associations Scientifiques devraient obtenir des gouvernements que ceux-ci prennent un tournant radical, (cessation des investissements dans le militaire entre autres, le refus de la « croissance économique non justifiée par la survie ou la solidarité, » agriculture respectueuse de la terre etc…)

Cela impliquerait une évolution virale rapide de type « spirituel » au sens élargi et non religieux du terme qui pourrait faire boule de neige en partant de tous horizons et redéfinirait le sens de notre espèce, le sens du bonheur, le sens de la liberté.

Cela supposerait bien sûr des reconfigurations politiques extraordinaires…

Je suis d’accord! La redéfinition d’une économie solidaire, planétaire et écologique, avec tout ce que cela signifie en termes de rétribution, de valorisation et d’exemplarité renvoie d’ailleurs à l’un des ouvrages les plus pertinents de notre période critique, à savoir L’économie du donut, de Kate Raworth. L’économiste anglaise fait une magnifique démonstration des limites en deçà des quelles l’activité humaine devrait se développer. Et bien sûr suggère nettement et sans demi-mots les reconfigurations politiques que vous appelez de vos vœux, Ariane.

Le télétravail induit potentiellement des nouvelles formes d’inégalité - et d’émancipation - comme toute transformation des modes de production. Le travail politique et urbanistique qui doit accompagner la transition doit précisément traiter des ces nouvelles questions de justice. Par exemple, une des inégalités face au télétravail est la différence d’espace à disposition. Face à cela, on peut soit : 1) s’assurer que les ménages possèdent plus d’espace à soi (changement des normes en matière de taille des appartements), 2) produire des espaces de télétravail de proximité (dans l’immeuble, dans le quartier). Ainsi, certain.e. travaillent à la mise sur pied d’un réseau d’au moins 300 « tiers-lieux » disitrubé dans le Grand Genève. De la sorte, on constitue des espaces de travail inédit (ni centralisé, ni à domicile) que l’on peut rejoindre à pied ou à vélo. Le télétravail demande ainsi une reconsidération en profondeur de l’articulation espace de domicile/espace de travail/territoire. Des solutions structurelles essentielles pour inventer les nouvelles formes de justice qui doivent accompagner la transition.