Pourrions-nous imaginer que les scientifiques et experts de la transition écologique rédigent de manière conjointe des propositions fortes aux Politiques et de fait ne pas attendre entre nous de voir ce qu’il va se passer

Pourrions-nous imaginer que les scientifiques et experts de la transition écologique rédigent de manière conjointe des propositions fortes aux Politiques et de fait ne pas attendre entre nous de voir ce qu’il va se passer. La recherche n’a pas attendu la crise actuelle pour imaginer et dessiner d’autres modèles. La meilleure utilisation des technologies pourrait nous permettre de travailler ensemble de manière rapide et efficace.

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Il est aujourd’hui nécessaire de changer les recettes. Le principe qui consiste à faire travailler des experts sur des sujets pour transmettre le fruit de leurs réflexions aux politiques ne fonctionne pas. Cela fait des années que la communauté scientifique lance des alertes dont le politique ne sait pas se saisir.

Le mode de gouvernance lui-même est interrogé, profondément. Est il nécessaire de le démontrer ? Écraser par la puissance des finances, incapables de lui opposer un modèle convainquant et partagé, perdus entre des gestions top down et bottom up contradictoires, nos modes de gouvernance sont tournés vers l’urgence d’exister. Ils ne se montrent pas en capacité d’anticiper pour mieux gérer les ressources pour le plus grand nombre.

Au même moment, une prise de conscience récente que l’on retrouve dans l’écosystème des « start-ups innovantes », est la production de solutions adaptées à une demande ou un besoin. Elle passe par l’UX Design, ou Design thinking. Il est l’occasion de se rendre compte que les solutions à nombre de problèmes ne peuvent se résoudre qu’avec les principaux concernés (usagers, citoyens, clients, utilisateurs, etc.).

Aussi, les échanges entre experts doivent se fondre avec méthode, aux attentes de la société civile. C’est sans doute de cette collaboration que pourrait naître une ambition forte, partagée et utile, dont les politiques sauraient se saisir.

Pour être plus clair, je schématiserais ainsi cette méthode appliquée à cette expérience. 1- des experts posent une problématique, un cadre, une question et un projet de solution. 2- des acteurs de la société civil supposés bénéficier de cette solution, dans ce cadre, redéfinissent la question et le projet de solution en lien avec leurs attentes. 3- les experts reformulent la question et la solution en respectant ces apports et les leur font valider. La différence avec un simple concours d’experts, est que la solution est en général plus concrète et plus appropriable par les intéressés. C’est ce qui permet aux politiques de s’en saisir avec davantage d’assurance, du moins dans un schéma démocratique.

C’est pourquoi je veux saluer l’expérience qui nous est proposée ici par la Fondation Braillard d’avancer dans ce sens. Sans doute faudra t il être attentifs ensemble à nous donner les moyens de partager avec des agriculteurs, des commerçants, des banquiers, des philosophes, des médecins, des soldats, des industriels, des ouvriers, des transporteurs,… Pour asseoir solidement les propositions qui émergeraient.

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Merci Vincent pour cette première réaction.
Il nous semble aujourd’hui urgent d’ouvrir le débat par cercles concentriques, ou encore des cercles qui s’entrecoupent. D’abord au sein de la petite « galaxie » de nos disciplines et métiers de l’espace, afin que certaines problématiques précises prennent forme, et que quelques questions aussi bien qualitatives que quantitatives soient posées, avant que cette discussion -forcement systémique et planétaire- de la transition écologique s’ouvre à d’autres « galaxies » plus ou moins voisines.
La question de la gouvernance demande une certaine aisance en sciences politiques, que tout le monde ne possède pas forcement, et pourtant il nous semble évident que ce domaine doit être une catégorie à part entière du Forum. Mais nous sommes friands de tout avis qui pourrait -comme le tien- indiquer des voies à suivre pour articuler les expertises en une big picture suffisamment partagée pour être comprise et ensuite mise en œuvre. Les méthodes de itératives que tu proposes ne peuvent que contribuer à cette vue d’ensemble.

D’espace et de gouvernance

Pour dire l’importance que j’accorde à l’espace, outre que nous en vivons, je voudrais dire que je le vis comme un référentiel majeur de notre civilisation.

J’ai regardé la vidéo du 26 mars. J’ai été touché par les interventions de Paola Vigano et de Luca Pattaroni, centrés sur l’actualité de notre rapport à l’espace, contraints au confinement.

L’un nous disant que dans les villes denses du XXIème siècle l’espace public est un prolongement de nos petits espaces privés. Et l’autre de confirmer que sa seule échappatoire aux 16 m² qui la voient confinée est le lac où elle peut aller se promener. Ces jours-ci, le confinement libère mécaniquement l’espace urbain. Les animaux se le réapproprient. La régulation sociale ne jouant plus, certains y ressentent de l’insécurité. Les médecins, les infirmières, les transporteurs, la police qui le fréquentent toujours en deviennent les premiers usagers. Oui, l’espace est un référentiel majeur par l’usage que nous en avons. Paola Vigano nous le rappelait non seulement par ses mots, mais aussi par son émotion qui était palpable.

Depuis des années, mon travail qui consiste à organiser la transition entre sa conception et sa réalisation, m’a appris que la première qualité de l’espace en est son usage, son vécu. Qu’il ait été bien ou mal conçu n’est pas toujours en rapport avec le fait qu’il soit bien ou mal vécu. Mais la façon dont il est vécu détermine son histoire.

Il se vit donc, principalement. Oui, nous le pensons aussi, nous le concevons. Puis nous le transformons. Et enfin, il se vit à nouveau pour des décennies et des siècles. Il répond à des usages et se pratique selon des besoins fondamentaux. C’est pour cela qu’il fait référence, je crois.

La gouvernance, la décision, le politique, l’État ou la finance se saisissent de l’espace, de toute façon. Consciemment ou pas, ils l’utilisent comme une ressource, elle aussi limitée. Et comme il fait référence, je crois que son usage est une des clés pour fonder société.

Aussi, travailler l’espace est en rapport immédiat avec la question de la gouvernance. Pour faire société et nous projeter ensemble dans l’avenir, anticiper le long terme, il doit être raconté quelque chose de notre ressource « espace » et de ses usages, au moins autant que d’autres ressources comme l’air, l’eau, l’énergie ou le vivant, et leurs usages.

Parler de l’espace public comme d’un bien commun, interroger la capacité des individus à renoncer à quelques libertés, envisager une meilleure anticipation dans l’organisation de l’espace, établir un lien entre l’espace local et l’espace global, et les lier à la question du mouvement ou de la mobilité, comme vous l’avez fait le 26 mars, me semble des questions effectivement essentielles.

Esquisser des réponses pour participer à la « transition » de nos villes, de nos territoires, et de nos sociétés, est un pari ambitieux mais qu’il est urgent de tenter…